Réutilisation de l’eau dans l’industrie agroalimentaire : le projet, les technologies, la qualité sanitaire et la réglementation. Cliquez sur une question pour afficher la réponse.
Le projet
+Qu’est-ce que le projet LIFE ZEUS ?
LIFE ZEUS est un projet européen consacré à la réutilisation de l’eau dans l’industrie agroalimentaire. Il vise à démontrer, en conditions industrielles réelles, qu’il est possible de réduire fortement les prélèvements et les rejets d’eau grâce à la séparation des flux, aux traitements membranaires et à la réutilisation de l’eau sur le site de production.
Le démonstrateur est installé sur le site MONIN de Bourges. Le projet associe CHEMDOC, MONIN, l’INSA Toulouse et l’Office International de l’Eau.
+Qui sont les partenaires du projet LIFE ZEUS ?
LIFE ZEUS réunit quatre partenaires complémentaires :
- CHEMDOC, coordinateur du projet et spécialiste des technologies de traitement membranaire ;
- MONIN, qui accueille le démonstrateur sur son site industriel de Bourges ;
- INSA Toulouse, qui apporte son expertise scientifique et technique ;
- l’Office International de l’Eau (OiEau), impliqué notamment dans le suivi de la qualité de l’eau, l’évaluation des impacts et la diffusion des résultats.
Cette complémentarité permet de traiter simultanément les dimensions techniques, sanitaires, environnementales et économiques du projet.
+LIFE ZEUS est-il applicable uniquement au site MONIN ?
Non. Le site de Bourges sert de démonstrateur industriel, mais l’un des objectifs du projet est précisément de produire des connaissances, des méthodes et des solutions transférables à d’autres entreprises.
Chaque site conserve néanmoins ses particularités : activité, procédés, qualité des effluents, besoins en eau, contraintes sanitaires, disponibilité de la ressource et réglementation applicable. Un projet de REUSE doit donc toujours être adapté au contexte local.
+LIFE ZEUS vise-t-il réellement le « zéro rejet liquide » ?
Le zéro rejet liquide constitue l’ambition qui a donné son nom au projet : ZLD — Zero Liquid Discharge.
Cette approche cherche à pousser au maximum la réutilisation de l’eau et la valorisation des flux résiduels. Le projet permet surtout d’étudier, en conditions industrielles, jusqu’où cette logique peut être poussée tout en tenant compte des contraintes techniques, sanitaires, environnementales et économiques.
Comprendre la réutilisation de l’eau
+Pourquoi réutiliser l’eau dans l’industrie agroalimentaire ?
L’eau est indispensable à de nombreux usages : fabrication, nettoyage, rinçage, refroidissement ou production d’utilités. Dans un contexte de tensions croissantes sur la ressource, la réutilisation permet de limiter les prélèvements d’eau neuve et de réduire les volumes rejetés.
L’objectif n’est toutefois pas de réutiliser l’eau à tout prix : la qualité de l’eau doit toujours être adaptée à son usage et compatible avec les exigences sanitaires et réglementaires.
+Quelle est la différence entre REUSE et REUT ?
La REUSE désigne de manière générale la réutilisation de l’eau. Dans l’industrie agroalimentaire, elle peut concerner plusieurs types d’eaux : les eaux recyclées issues des matières premières, les eaux de processus recyclées et les eaux usées traitées recyclées.
La REUT, ou recyclage des eaux usées traitées, ne correspond qu’à cette dernière catégorie : une eau usée ayant été traitée avant d’être réutilisée.
+Peut-on réutiliser n’importe quelle eau dans une usine agroalimentaire ?
Non. La possibilité de réutiliser une eau dépend de son origine, de sa qualité et de l’usage auquel elle est destinée.
Le cadre réglementaire distingue notamment les usages avec contact direct, avec contact indirect et sans contact avec les denrées alimentaires. Les exigences de qualité sont adaptées à ces différentes situations.
+Comment débute un projet de réutilisation de l’eau ?
La première étape consiste à bien connaître les usages et les flux d’eau du site : d’où vient l’eau, où elle est utilisée, en quelle quantité, avec quelle qualité et où elle est ensuite dirigée.
Cette cartographie permet d’identifier les économies possibles et les flux susceptibles d’être réutilisés. Elle permet ensuite de rapprocher une ressource disponible d’un besoin en eau, en recherchant le niveau de traitement réellement nécessaire.
Technologies et gestion des flux
+Faut-il toujours mettre en place un traitement complexe ?
Non. Le traitement doit être adapté à la qualité de l’eau disponible et à celle requise pour le nouvel usage.
Dans certains cas, une boucle courte de recyclage peut nécessiter un traitement relativement simple. Pour des usages plus exigeants ou pour la réutilisation d’eaux usées traitées, plusieurs étapes peuvent être nécessaires : filtration, microfiltration, nanofiltration, osmose inverse ou désinfection UV.
L’enjeu est donc de ne pas surtraiter l’eau, mais de produire la qualité nécessaire au bon endroit.
+Quelles technologies sont utilisées dans LIFE ZEUS ?
Le démonstrateur LIFE ZEUS s’appuie notamment sur des technologies de séparation membranaire : microfiltration, nanofiltration et osmose inverse. Des systèmes de désinfection UV participent également à la sécurisation de certaines boucles.
Le projet travaille aussi sur la séparation des flux et sur la récupération des saumures issues de la régénération des adoucisseurs, afin de limiter les rejets salins.
+Pourquoi séparer les différents effluents ?
Tous les effluents n’ont pas les mêmes caractéristiques. Mélanger un flux peu chargé avec un flux très concentré peut rendre son traitement et sa valorisation beaucoup plus difficiles.
LIFE ZEUS repose donc sur une logique de séparation à la source : conserver autant que possible des flux homogènes afin de pouvoir appliquer à chacun le traitement le plus adapté et faciliter leur réutilisation ou leur valorisation. Le traitement séparé des flux salins constitue notamment un principe important du projet.
+Que devient l’eau après traitement ?
L’eau traitée peut être réutilisée dans l’usine lorsque sa qualité est compatible avec l’usage prévu.
LIFE ZEUS ne considère donc plus systématiquement l’eau sortant d’un procédé comme un déchet : elle peut devenir une nouvelle ressource pour le site industriel. Cette logique permet de créer des boucles de réutilisation et de diminuer le recours à l’eau neuve.
+Que deviennent les concentrats produits par les membranes ?
Les technologies membranaires séparent l’eau d’une partie des substances qu’elle contient. Elles génèrent donc un flux d’eau purifiée et un flux plus concentré.
La gestion de ces concentrats fait partie intégrante du projet. LIFE ZEUS cherche notamment à valoriser les matières organiques et les sels plutôt qu’à simplement déplacer la pollution d’un flux vers un autre.
Qualité sanitaire et réglementation
+La qualité sanitaire est-elle contrôlée ?
Oui. La maîtrise de la qualité de l’eau est un élément central du projet.
Le dispositif repose sur des analyses, des instruments de mesure en ligne et un suivi des paramètres de fonctionnement. Le projet a notamment prévu la définition des paramètres de qualité, leur suivi ainsi qu’un plan de surveillance spécifique.
+Existe-t-il aujourd’hui une réglementation spécifique pour la REUSE dans l’agroalimentaire ?
Oui. Depuis 2024, la France dispose d’un cadre spécifique pour la réutilisation de certaines eaux dans les entreprises du secteur alimentaire.
Il repose notamment sur le décret n° 2024-33 du 24 janvier 2024, le décret n° 2024-769 du 8 juillet 2024 et l’arrêté du 8 juillet 2024. Ces textes précisent les catégories d’eaux réutilisées, les usages concernés, les exigences de qualité ainsi que les procédures administratives applicables.
+Une autorisation est-elle nécessaire pour mettre en place une REUSE ?
Cela dépend du type d’eau réutilisée.
La réutilisation d’eaux issues des matières premières ou d’eaux de processus relève d’une démarche de déclaration, notamment avec intégration dans le plan de maîtrise sanitaire.
La production et l’utilisation d’eaux usées traitées recyclées nécessitent en revanche une autorisation préalable.